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Blondy Brownie : leur Almanach à la touche masculine

Blondy Brownie : leur Almanach à la touche masculine

Elles sont deux visages familiers de la scène musicale belge, Catherine De Biasio et Aurélie Muller forment le duo Blondy Brownie. Leur premier album « Almanach », sorti le 24 novembre, est un disque-objet en forme de calendrier : à chaque mois, un invité différent et une nouvelle chanson. Entretien avec ces deux artistes inspirées et inspirantes.

C’est au fil des rencontres et du hasard de la vie que Catherine De Biasio et Aurélie Muller se sont découvertes, ayant des influences artistiques proches et partageant à de nombreuses reprises les mêmes scènes. Chanteuses et multi-instrumentistes complémentaires (Catherine à la clarinette, trombone, batterie et Aurélie à la basse, aux claviers et au vibraphone), elles proviennent chacune de plusieurs formations belges et internationales (Kris Dane, Agnès Obel, Soy un caballo, Melon Galia, Mièle, Le Yéti, Ici Baba, Babelouze, Melon Galia, V.O., Raymondo, etc). D’une habitude à travailler avec des hommes, elles ont ressenti le besoin et l’envie de créer de la musique juste toutes les deux mais avec tout de même des interventions masculines régulières. Ainsi, en 2013, né Blondy Brownie : un projet qui a pris le temps de murir et qui s’est précisé tout au long de l’année écoulée.

Ensemble, elles retrouvent plus de liberté. Elles osent, essayent, se lancent des défis et ne se mettent pas de barrières. Elles testent, même quand l’idée ne fait pas l’unanimité, car souvent en découle tout de même quelque chose.

Blondy Brownie a déjà eu de belles opportunités de concerts (tournée en Italie, openings pour les tournées de Tortoise, Girls in Hawaii, Nuits Botanique, Nuits du Soir, premières parties de Katerine, Dour festival, etc..).

Almanach

Le 24 novembre, le duo dévoile enfin son « Almanach », un premier album pop en langue française, sous forme de calendrier. Un disque-objet qui propose un univers à vocation multidisciplinaire, riche en collaborations, probables et improbables. L’objectif était d’enregistrer douze morceaux. Chacun des morceaux du disque est le résultat d’un featuring avec un homme, différent pour chaque chanson :  avec, entre autres, Tim Clijsters (BRNS), Olivier Marguerit (O.), Salvatore Adamo, Katerine, John McEntire (Tortoise), Antoine Wielemans (Girls In Hawaii),…

Très vite, une envie d’immortaliser ces collaborations éphémères s’est imposée. En dehors des chansons et des clips, chaque invité est passé devant l’oeil du photographe Olivier Donnet. Loin des calendriers usuels contenant des mannequins aux corps (trop) parfaits et des nanas en tenues légères, le calendrier perpétuel de Blondy Brownie, intemporel, se dévoile joliment mois après mois à travers un combo de qualité entre son et photos-souvenirs en noir et blanc.

Ping Pong, en featuring avec Salvator Adamo, est un de leur titre préféré de l’album. C’est un morceau d’Adamo qui n’avait encore jamais vu le jour. Il en a d’ailleurs proposés plusieurs aux filles, elles ont rapidement sélectionné celui-ci. Elles l’ont revu et réarrangé librement, mais non sans une certaine appréhension quant à ce qu’il allait en penser. Appréhension inutile, puisqu’il a adoré leur version.

Le milieu musical

L’industrie de la musique est un monde particulièrement difficile… Bien que conscientes qu’il y ait pire ailleurs (aux USA par exemple ou les artistes ne reçoivent aucune aide), elles soulèvent tout de même une faiblesse de notre pays : la musique alternative est sous subsidiée, il y a un manque clair de soutien. De plus, ce style musical souffre aussi souvent d’un manque de visibilité car les média sont, d’un point de vue général, principalement intéressés par la musique plus populaire et par les scoops. Les filles en ont fait les frais dans le passé : elles faisaient face la plupart du temps à un désintérêt de la part des média, jusqu’au jour où le projet touche à sa fin et que l’information se retrouve alors en premiere page. Un peu tard…

Enfin, elles ont également fait face, à plusieurs reprises, à un certain côté sexiste dans le milieu : par exemple, alors en tournée en Italie, elles se sont vues questionner sur des sujets plutôt personnels tels que la famille, leurs relations intimes, etc. Il est apparemment étrange que des femmes quittent leur quotidien pour partir en tournée…

Et l’avenir ? 

Quant au futur, il sera évidemment toujours fait de musique et de challenges. Elles pensent déjà aux prochains projets et collaborations, sans rien se refuser. Puisque déclinable à l’infini, ce concept d’invités a un côté particulièrement intéressant et semble inlassable.

Avec qui rêveraient-elles de collaborer ? Réalistes ou non, elles citent des noms comme Beck, Serge Gainsbourg, ou encore Jarvis Cocker, qui les a d’ailleurs programmées en radio récemment mais qui semble bien difficile à atteindre pour le moment (s’il nous lit…). Dans l’immédiat, un morceau avec Rémi Parson est au programme. On a hâte de découvrir la suite donc…

Donaline Hermant