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Charlotte Trenker, du rêve à la réalité

Charlotte Trenker est une jeune styliste belge de 23 ans. Elle a réalisé la robe de l’actrice belge Fanny Pierre pour le Festival de Cannes de 2014 et nous parle de son expérience et de ses projets.

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Croquis de la robe de Fanny Pierre pour le Festival de Cannes © Charlotte Trenker

D’où t’est venue cette passion pour la mode ?

Quand j’étais petite, je dessinais déjà des filles en robes tout le temps et n’importe où. Sur un bout de papier, une nappe de restaurant … J’ai toujours aimé dessiner des robes… surtout avec des paillettes ! Ça reste ma matière de prédilection aujourd’hui (rires).

Quel est ton parcours ?

J’ai fait ma cinquième et ma rhéto à l’IPET ( Institut Provincial d’Enseignement Technique ) à Nivelles en option « mode et créations ». Durant mes secondaires j’ai aussi eu l’opportunité de faire un stage chez Bernard de Poorter (couturier belge réputé dont l’atelier est basé à Wavre, ndlr) dont je garde un super souvenir. Et j’ai pu participer au salon des créations à Hélécine qui m’a vraiment donné un coup de pouce. Ça m’a apporté de la visibilité et m’a permis de me faire des contacts et de lancer ma page Facebook.

Qu’as-tu fait une fois tes humanités terminées ?

En sortant des humanités, je savais simplement réaliser un patron et coudre. Je n’avais pas encore les techniques pour véritablement créer des vêtements. Alors, à 18 ans, je suis rentrée à l’atelier Lannaux à Forest dont je suis restée longtemps la plus jeune styliste. C’est là que j’ai véritablement commencé à créer avant de partir à la fin de mes études en 2012. C’est aussi durant cette période que j’ai participé pour la première fois aux Brussels Fashion Days.

Qu’as-tu fait une fois ton diplôme en poche?

J’ai décroché plusieurs stages : 4 mois chez Natan, 6 mois chez Isabel Graham dont je garde un souvenir exceptionnel, 2 mois à Paris chez Karel Mills … Ca m’a apporté beaucoup d’expérience et de technique. Mais cela m’a surtout endurcie.

Tu as travaillé à Paris, ville de la mode, pourrais-tu y vivre?

Non je ne me vois pas vivre à l’étranger. Ce que j’ai envie de faire, je peux le faire ici, en Belgique .

D’ailleurs, quels sont tes projets actuels et pour le futur?

Actuellement, je fais une formation en E-commerce pour devenir chef d’entreprise. À terme, j’aimerais pouvoir lancer ma marque de prêt-à-porter et vendre mes créations en ligne. Aujourd’hui, c’est vraiment compliqué de trouver un boulot dans le milieu de la mode. Il y a peu de places et pratiquement personne n’engage de jeunes stylistes. La mode est une véritable passion, mais il est très difficile d’en vivre donc je suis en train d’essayer de construire un projet stable qui me permettra de gagner ma vie.

A seulement 24 ans, ton parcours est atypique et déjà fort rempli ! Tu ne regrettes pas de ne pas avoir vécu une vie d’étudiante  « de ton âge » ?

Non je n’ai aucun regret par rapport à ça. J’aime sortir avec mes amis mais la guindaille et les soirées universitaires ne m’ont jamais intéressée. Je me suis toujours considérée comme « plus âgée » et malgré mon jeune âge, mon projet est de trouver un travail, de gagner ma vie et de pouvoir lancer ma propre marque. Quand j’étais petite, mon rêve était d’un jour réaliser une robe pour le Festival de Cannes mais tout le monde me décourageait et me répétait : « Allez Charlotte, arrête de rêver ». Et, au final, j’y suis parvenue ! Je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin.

Ton credo est  » une femme s’habille d’abord pour se plaire à elle-même », pourquoi cette phrase te touche-t-elle ?

Quand je crée des vêtements, je ne le fais pas pour suivre la mode et je ne cherche pas à me conformer à ce qui se fait pour l’instant. Je crée pour moi-même, quitte à sortir des sentiers battus. Je suis assez classique dans mes goûts mais j’ai envie d’innover et de faire quelque chose qui ne s’est pas encore vu, je ne veux pas « créer pour créer ».

As-tu un conseil à donner à tous les jeunes qui souhaitent devenir styliste?

Changez de métier! (rires). Plus sérieusement, il faut un vrai moral d’acier car les professeurs et professionnels de la mode ne sont pas tendres avec les jeunes. Ils te démontent facilement et te critiquent ouvertement si le travail fourni n’est pas jugé assez bon. C’est une remise en question continuelle! Ce sont des études très coûteuses et par rapport à des grandes marques comme H&M ou autre, il est très difficile de se faire un nom. En plus de cela les débouchés sont peu nombreux donc si j’avais un conseil à leur donner ce serait  « accrochez-vous à votre rêve mais faites d’autres études d’abord pour avoir un plan B » car quand je vois ma situation actuelle, ce n’est pas tous les jours facile.

Céline Druez

CHARLOTTE TRENKER ROBE

La robe de Fanny Pierre lors du Festival de Cannes 2014 @Model : Marie-Eve Lefèbvre ©Christophe Vrankenne