Musique

Leonore : entre onirisme et mélancolie

Leonore

Trois ans après son premier album Phoenix, Leonore sort un nouvel EP intitulé Sub Rosa, porté par le premier single Jezebel. Derrière cette formation se cache Chloë Nols, auteur-compositeur-interprète, accompagnée de quatre musiciens. D’une tendre pudeur, elle s’est dévoilée au fil de nos questions. Rencontre.

Anversoise d’origine, pourquoi et comment votre groupe Leonore s’est-il formé à Bruxelles ?
Je voulais vraiment vivre à Bruxelles. Je suis arrivée il y a dix ans, depuis j’ai toujours travaillé et fait de la musique ici, je me sens totalement bruxelloise. J’aurais pu évoluer dans la scène musicale flamande, mais l’atmosphère de la capitale et sa mentalité de laisser-faire m’attiraient. C’est un laisser-faire positif, avec un bon coeur : tout le monde s’entraide. Je me suis entourée de musiciens bruxellois plutôt folk pour mon premier projet il y a trois ans, mais j’ai grandi et avais d’autres envies. Je voulais une musique plus large et douce, j’ai fait beaucoup de rencontres intéressantes et j’ai évolué avec de nouveaux musiciens.

À quel âge avez-vous commencé la musique ?
J’ai commencé assez tard, j’avais 20 ans. J’ai débuté en jouant de la guitare et je me suis mise à écrire des chansons. Je ne sais cependant pas lire les notes, ce qui me fait sentir parfois limitée mais m’impose à trouver un chemin, des mélodies intéressantes. Je suis entourée de musiciens sortant du conservatoire pour m’épauler donc ça marche très bien. J’accorde également beaucoup d’importance aux paroles.
Depuis le début, je gère chaque point de ma carrière : les concerts, les enregistrements studio, les répétitions, et même le make-up. C’est tout mon univers, j’aime beaucoup mais c’est énormément de travail.

Quel est votre point de départ pour l’écriture d’une chanson ?
Je me pose chez moi avec ma guitare, quelques accords très simples et des bouts de paroles. Les mélodies et les textes naissent simultanément. Au niveau des paroles, j’aborde des questions philosophiques, des thèmes métaphysiques : d’où venons-nous ? Qu’est-ce que le simple fait d’être vivant ? Comment naissent nos pensées ? Pourquoi une personne agît d’une telle façon ? etc. Beaucoup de personnes ne se connaissent pas elles-mêmes, c’est une thématique qui m’intéresse. J’évoque l’invisible et le secret, les choses cachées, en nous et autour de nous. D’où le titre Sub Rosa qui signifie « ce qu’il y a à l’intérieur », « ce qui est caché », en latin. Avant, j’écrivais plutôt sur moi, sur mon petit monde, sur ma vie amoureuse. Ce nouvel EP est plus universel et tant mieux car je veux pouvoir toucher les gens. Je fais de la musique à la base pour m’exprimer, mais je remarque de plus en plus que cela impacte également les autres et c’est une forme de communication que j’aime beaucoup. J’aime échanger, faire des concerts, créer une magie et une énergie avec le public.

D’où vient le nom « Leonore » ?
Je voulais un nom féminin, mais différencier mon projet musical de ma personne. J’ai appris que leonore signifie feu extraterrestre en grec, cela me parle beaucoup. Mon 1er EP s’appelait d’ailleurs Phoenix, et l’extraterrestre me fascine, je suis intriguée par cette question de l’au-delà.

Quelles sont vos influences musicales ?
Je n’écoute pas beaucoup d’artistes. Je découvre deux fois par an un nouvel artiste et je l’écoute en boucle. Récemment, c’étaient Jeff Buckley, Christine and the Queens, Coeur de pirate… Cela change beaucoup.

Comment vous définiriez-vous musicalement ?
J’ai commencé dans le folk, mais avec le temps, mes envies et l’influence de mes musiciens, j’ai changé de style. Je fais toujours ce que je ressens, je crois qu’on attire toujours des personnes qui nous correspondent. Ma musique est désormais composée de sons plus larges et doux, avec un côté électro mais sans la froideur que cela peut inclure. En fait, je ne réfléchis pas trop à avoir un style spécifique, je suis juste mes envies. Pour le premier album, j’ai été attirée par la couleur dorée, et pour cet EP par le rose, mais je ne sais pas d’où cela vient… En tout cas, ce deuxième projet me ressemble vraiment.

Une scène que vous aimeriez faire en Belgique ?
Je me demande parfois si mon projet pourrait marcher sur des grandes scènes comme Werchter ou Pukkelpop. J’aimerais connaître l’expérience de jouer dans ce genre d’endroit, mais j’aime me produire dans des petites salles car c’est très intimiste, je crois que cela me correspond et me fait me sentir bien. J’ai peur des guêpes aussi, ça m’est déjà arrivé d’être sur scène et d’être mal à l’aise à cause des guêpes partout autour (rire).

Que pensent vos proches de votre musique ?
Je pense que mes parents sont fiers. Parfois étonnés aussi car je n’ai pas de background musical/artistique, je suis partie à Bruxelles et me suis lancée. Mes amis me disent qu’ils aiment bien mais je ne sais pas si c’est vrai (rire). En tout cas, tout le monde comprend et respecte que la musique fait partie de moi, que c’est une partie importante de ma vie.

Comment vous positionnez-vous vis-à-vis du conflit entre flamands et wallons en Belgique ?
Je trouve tout ça dommage ; nous sommes tous des gens, des belges, des européens en général. Mais j’ai l’impression que le problème ne vient pas de la population, c’est plutôt un contexte politique. Le pays est divisé par les médias, par les politiciens.
Dans ma musique, je ne ressens pas la frontière linguistique. Je viens d’ailleurs de participer au festival ProPulse qui a pour but de soutenir les talents bruxellois et francophones. Je ne fais pas de différence entre les deux parties du pays, j’ai l’impression que les francophones aiment ce que je fais, ils semblent même plus ouverts à mon projet et à mes chansons que les flamands.

Où vous voyez-vous dans 10 ans ?
Avec une maison, des enfants et peut-être un homme (rire). Non, sérieusement, toujours dans la musique, avec peut-être différents projets, je suis ouverte à tout : chanter dans une pièce de théâtre, faire des workshops,… Je me vois grandir avec ma musique et évoluer. C’est le plus important : créer, m’exprimer et partager sur scène…

Infos :

La Release Party de Sub Rosa aura lieu le 29 mars à la Pianofabriek (St-Gilles, Bruxelles).

En concert :
Le 7 avril à la Villa Tikkeneike à Anvers
Le 19 mai à Namur
Le 21 mai au Het Depot à Louvain
Le 23 mai au Trix à Anvers

Donaline Hermant