Musique

Loïc Nottet : « J’ai découvert qui j’étais »

Prodige atypique, danseur invétéré, écrivain, Loïc Nottet n’a pas fini de nous impressionner. Le playback, la mort et l’engagement de ses chansons sont autant de sujets abordés lors de notre échange dans les coulisses de la Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

C’est seul dans sa loge, en toute simplicité et aisance, que Loic Nottet nous reçoit. Le ton est donné, le jeune homme en retrait que nous avons découvert dans l’émission The Voice a fait place à l’artiste affirmé.

Selfocracy : un état d’esprit

Il y a quelques mois, Loïc nous dévoilait son premier disque, Selfocracy. Un album très personnel qu’il a monté de toutes parts : la composition, les thèmes, les photos, les couleurs, le titre etc. Cet autodidacte perfectionniste aime gérer tous les aspects de son art.

Selfocracy aborde un sujet sensible, où quête de soi et égocentrisme s’entrechoquent. Des thèmes récurrents que Loïc abordent plusieurs fois lors de notre rencontre : « Je suis toujours resté moi-même. J’ai toujours dit ce que je voulais dire, porté ce que je voulais porter et surtout fait ce que je voulais faire ».

Ce premier opus est exclusivement anglophone. « Depuis que je suis tout petit, je n’écoute pratiquement que de la pop britannique et americaine. Mon mentor étant Freddy Mercury, j’avais un peu l’impression que je me trahirais si je chantais en français. » Si chanter en français n’est pas à l’ordre du jour, Loïc ne ferme aucune porte.

Il se donne la liberté de créer : « J’ai été très productif pendant ce mois d’août, j’ai même composé une trentaine de titres. À d’autres moments, je ne le suis pas du tout. Ce n’est pas grave. Je ne me pose pas de questions. »

 

©Zeb Daemen

Tu chantes « People fear Death » (Album selfocracy – Whisperers), as-tu peur de la mort ?

Dans un sens oui. J’ai peur de la solitude qu’impliquerait la mort. J’ai envie de dire que je me laisserai surprendre et en même temps que ce ne sera pas la fin. Je n’ai pas vraiment peur de la faucheuse, j’ai plutôt peur de partir sans avoir accompli tout ce que je voudrais faire.

Que penses-tu du playback ?

Malheureusement, le playback est parfois indispensable. Certains artistes ont beaucoup de dates, font de grosses tournées. Ils chantent parfois dans des grands stades et puis, un matin, tombent malade. Ce n’est pas toujours possible d’annuler un concert. Si je n’en ai jamais fait (et j’espère ne jamais en faire), je ne sais pas ce qui peut m’arriver. Si je suis un jour amené à faire du playback, je l’annoncerai au public, rembourserai une partie des places et offrirai des petits cadeaux ou quelque chose pour compenser. Je me donnerai encore plus en tous cas.

Considères-tu ton album comme engagé ?

Sans vouloir être égocentrique, je pense que oui. C’est un album sombre au premier abord mais dans chaque chanson brille une lueur d’espoir – dans la mélodie ou dans une tournure de phrase. Cela peut aider les personnes qui sont en questionnement ou se sentent perdues; les adolescents, par exemple, qui évoluent dans un cadre scolaire où l’apparence compte beaucoup. Prétendre les aider est peut-être extrême mais, en tous cas, l’album peut les réconforter dans l’idée qu’ils ne sont pas les seuls à être passés par là.

Personnalité atypique 

En trois ans, le jeune artiste est parvenu à s’imposer comme une valeur sûre du paysage musical. Les fans s’amassent en grand nombre partout où il passe, quitte parfois à lui rendre la vie difficile. Et pourtant, Loïc ne semble pas se rendre compte de toute cette agitation. Quand nous abordons le sujet de sa notoriété, sa réponse est simple : « Je ne m’accroche pas à la notoriété, je sais que tout est éphémère. « Million Eyes » a eu du succès. Je ne suis pas certain que le single suivant en aura autant. À côté de cela, je vais toujours au cinéma, boire un verre avec mes amis… Je continue de faire ce que j’ai toujours fait. Je n’y pense simplement pas ».

Loïc Nottet est à l’écoute de ses émotions. Il ne s’impose aucune limite pour son prochain opus. Quels thèmes aimerait-il aborder ? « Peut-être la précarité ou la liberté d’esprit pour être heureux » nous confie-t-il. Certainement sous forme de thématiques, à l’instar de Selfocracy.

Un nouvel album, un livre ? Il travaille sur plusieurs fronts. Où le retrouverons-nous ? Seul l’avenir nous le dira.

©Zeb Daemen

La réputation de Loic Nottet n’est plus à faire. Il est devenu un symbole de notre belgitude, une vedette dans notre plat pays, qui balaie tous les codes et nous apporte un vent de fraicheur. Son parcours artistique est incessamment mis sous le feu des projecteurs, depuis plus de trois ans. Pourtant, nous avons re-découvert Loïc Nottet : sous ses airs d’enfant rêveur se cache le besoin d’être simplement lui, sans fioriture ni artifice. Le Courcellois porte un regard aiguisé sur le monde extérieur et reste très critique face aux problématiques contemporaines. Il sait ce qu’il veut, peu importe le chemin qu’il doit emprunter pour y parvenir.

Si Loïc Nottet est aujourd’hui sur le devant de la scène, il le doit autant à sa voix qu’à sa sensiblité à fleur de peau, cachée derrière son âme d’enfant. Cette authenticité plaît considérablement à un public en manque de sincérité.

Quand arrive la fin de notre rencontre, nous lui posons notre ultime question : comment se dessine le futur pour toi ? Sa réponse est sans détour, à l’image de la personnalité intrépide que nous avons découverte : « être heureux ».

Sémy  Castelli