Mode Non classé

Rencontre avec Giuseppe Virgone: le créateur bruxellois qui déconstruit le vestiaire masculin

Entretien avec Giuseppe Virgone: le créateur bruxellois qui déconstruit le vestiaire masculin

En janvier dernier, ModeinBelgium se rendait au défilé GIUSEPPEVIRGONE pour découvrir la nouvelle collection homme dans les galeries Horta. Silhouettes lourdes, mais protectrices dans une atmosphère musicale inquiétante, le designer belge tenait à présenter un univers fantasmé accablant pour l’homme. Pour cette collection, le travail du vêtement symbolise la reconstruction mentale et la recherche quasi spirituelle qui en émane, au milieu des hautes colonnes de la galerie telle une église. Mais on ne voulait pas en rester là: on a voulu en savoir plus sur Giuseppe Virgone et la naissance de son projet.

Comment as-tu commencé le projet GIUSEPPEVIRGONE ?  

“Suite à mon petit parcours à la Cambre Mode(s) je suis allé directement en stage à Paris chez Delphine Murat en accessoire et ensuite chez Gaspard Yurkievich pour les collections homme où j’ai eu le déclic de travailler sur des collections homme. De retour en Belgique, j’ai commencé à me créer un univers, à déstructurer le vestiaire masculin, à la recherche de nouvelles coupes. De là est née la marque GIUSEPPEVIRGONE. La création d’un vestiaire contemporain comprenant des silhouettes à la fois brutes et poétiques pour l’homme. Les couleurs sombres, qui ont une place importante dans ce vestiaire, sont contrebalancées par les ouvertures et les formes créées. La superposition des matières apporte un côté lourd à la silhouette de l’homme GIUSEPPEVIRGONE”.

Autour de quelles thématiques s’articulent tes collections?   

“La mythologie, qui fut le point de départ de la première collection « Un animal devra mourir », collection qui évoquait la destinée mortelle d’un homme, un amour inconditionnel pour une bête et l’incompréhension de certains actes injustifiés, et la religion, notamment les moines du 15e siècle avec Jérôme Savonarole, ce personnage est devenu la muse de la deuxième collection « Accords Brisés ». Ce moine créa le bûché de la vanité où de nombreux livres et œuvres d’art furent brûlés. Ce bûché était la base de la collection.
De collections entièrement noires, disséquées, lourdes et à la fois fragiles, les couleurs sont petit à petit apparues tels le vert et le rouge. Je travaille avec principalement des matières nobles (soie, coton, laine).
Les silhouettes se décomposent tel un rituel vestimentaire. Le point de départ est généralement le vestiaire monacal à chaque collection pour ensuite arriver vers le streetwear, qui est venu à partir de « Extinguish Me » SS16, avec la création de sweats, vestes à capuche et bombers principalement. L’espace et les mouvements du corps sont toujours présents lorsque je crée et dessine une nouvelle collection. J’ai à l’esprit l’occupation dans l’espace des silhouettes sous forme de performance. Je cherche aussi à déstructurer la silhouette pour laisser place à un tombé, le but étant de noyer le corps jusqu’à créer une nouvelle silhouette ainsi qu’un autre mouvement. Mes collections comprennent aussi de nombreux accessoires comme des pièces brodées (plastronS ? et bijoux). Ces derniers vont créer une armure sur cet homme déjà enveloppé dans un jeu de matières”.

Quelles sont tes sources d’inspiration pour tes créations?

“J’ai de nombreuses sources d’inspirations tant au niveau musical, photographique ou encore théâtral. J’apprécie tout particulièrement le metteur en scène Romeo Castellucci qui aime travailler sur la décadence de la beauté et le mystère de la fin. Je pourrais aussi citer la chanteuse Soap&Skin, pour sa musique pesante et envoutante, ou encore l’artiste Anthony Goicoela, pour son travail sur l’identité masculine à la recherche de sa place dans la société. J’ai d’ailleurs collaboré avec ce dernier pour deux collections”.

Quel est le Leitmotiv de ta nouvelle collection?

“Avec ce nouveau projet, j’ai voulu collaborer avec deux artistes qui me tiennent à cœur, Zéphir Moreels (plasticien) et Antoine Grenez (photographe).
L’univers est situé dans l’une des parties la plus froide sur Terre, où aucune civilisation ne pourrait y survivre mais un groupe de personnes y ont posé leur drapeau. Un Drapeau d’un blanc éclatant épousant cet espace enneigé, un drapeau imposant comme un autel où règne une croyance où des actes incompréhensibles prennent forme. Le manque de luminosité a entraîné les habitants à se créer des histoires en brodant de fil d’or leurs vêtements. Des histoires d’une vie fantasmée pour sortir de leur quotidien. Chaque habitant part en pèlerinage solitaire pour se recentrer dans la foi et se reconstruire mentalement de l’épreuve que la vie lui a imposée. Une sorte de lavement de l’esprit. Les vêtements sont spécifiques pour chaque étape de la journée, de leur vie. La collection automne hiver 2019-20 sera composée de vêtements majoritairement noirs avec un vestiaire assez lourd et long qui étouffe le corps pour y apporter un côté monacal et protecteur à la silhouette. On y retrouvera le blanc qui sera utilisé comme une couleur de camouflage”.

Pourquoi l’avoir présentée à la Galerie Horta?

“Quand j’ai commencé la marque, il était évident pour moi de rester à Bruxelles et de prendre tout ce que la ville m’offrait. Nous avons des lieux magnifiques, tous différents avec un passé, une histoire. J’ai commencé par le Wiels, ensuite Byrrrh and skate et pour la saison dernière le C12 qui se trouve dans les galeries Horta. Les organisateurs m’ont gentiment reinvité dans cette espace et m’ont tout simplement proposé de présenter ma nouvelle collection dans le grand hall des galeries”.  

Possèdes-tu des points de vente?

“À Bruxelles, je suis vendu chez STIJL MEN pour le moment [situé dans le quartier Dansaert]. On peut également retrouver mes pièces sur mon eshop”.

As-tu des projets futurs en préparation?

“Je travaille actuellement sur un nouveau projet SS20 SILENCE SMELL VIBRATION que je présenterai au MAD Brussels en juin. Une collection assez sombre. Toujours en collaboration avec Antoine Grenez pour les prints et photos”.

Diego Mitrugno