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Sarah Bruylant : une formation mode de Bruxelles à Amsterdam

Sarah Bruylant, étudiante d’origine belge partie étudier à l’Amsterdam Fashion Institute a d’abord effectué des études en stylisme-modélisme à la Haute Ecole Fransisco Ferrer. Diplômée en 2013, elle réussit cet été à entrer directement en 2e bac à l’AMFI grâce à sa formation précédente à Fransisco Ferrer.

Sarah Bruylant © Thefashionalists Media

Sarah Bruylant © Thefashionalists Media

 

Sarah, vous avez étudié le stylisme à la Haute Ecole Francisco Ferrer (HEFF). Que tirez-vous de cette formation de styliste-modéliste?
Ils ont une formation technique très poussée. J’ai donc acquis un excellent bagage technique sur les 3 années passées dans cette école. Je me suis aussi initiée à travailler de façon organisée. C’est très important car en secondaire nous ne sommes pas encore préparés à une si grande quantité de projets. J’ai également appris à créer un vêtement de A à Z, en partant d’un croquis et en passant par la fiche technique, le choix des matières, le patronage, jusqu’à la commercialisation. C’est une formation complète, qui permet d’assimiler toutes les facettes du métier.

Cette école belge n’a pas la même renommée que d’autres, par exemple La Cambre ou l’Académie d’Anvers, pourquoi? Qu’en pensez-vous?
La HEFF n’a pas la même renommée que d’autres écoles de mode belges car la presse en parle très peu, elle n’est pas très soutenue. Cette école donne sa chance à tout le monde puisqu’il n’y a pas d’examen d’entrée en première année. Le « tri » s’effectue automatiquement au fur et à mesure des années. Cela a un côté positif qui permet à toute personne le voulant, d’accéder au milieu de la mode. Mais il y a des gens qui, malgré la formation, ne deviendront pas stylistes et se dirigeront dans d’autres domaines. Les autres écoles comme Anvers ou La Cambre soumettent les étudiants à un examen d’entrée. C’est donc moins facile d’y accéder, il s’agit d’une pré-sélection des «meilleurs ».

Vous avez réalisé une collection nommé Wrinkles l’an passé durant votre dernière année de stylisme à la HEFF, quelle était votre source d’inspiration?
Le concept de cette collection est inspiré de photographies d’éléments naturels comme la roche, les glaciers, les grottes, etc. Le temps a un réel impact sur ces éléments: formes, stries et rythmes sont créés. La roche lisse devient rugueuse, la glace bouge, se brise et devient vive. Cette collection essaie de refléter cette évolution depuis l’immaculé jusqu’à l’usé et l’abîmé par l’utilisation et manipulation de différents matériaux. C’est l’interprétation de la nature vieillissante et de ses rides d’où le nom de ma collection : « Wrinkles ». J’ai essayé de retranscrire tout ça dans ma collection en utilisant des tissus texturés que j’ai opposés à des matières très lisses.

Une fois votre diplôme en poche, vous êtes partie poursuivre vos études à Amsterdam, pour quelles raisons?
Je ne me sentais simplement pas encore prête à travailler. J’ai encore le sentiment de devoir améliorer ma créativité. Je me suis donc inscrite à l’AMFI (Amsterdam Fashion Institute). C’est une école internationale qui permet de faire des stages/Erasmus dans le monde entier et qui est ouverte sur l’international. Cette école pousse à la créativité, permet de voir plus loin. On peut aussi y apprendre à travailler pour être performant en entreprise. Elle est une des rares à nous former au logiciel Lectra qui est indispensable à l’heure actuelle pour réaliser des patronages dans le milieu professionnel.

Pourquoi avoir choisi les Pays-Bas, et plus particulièrement Amsterdam?
Parce que c’est une ville intéressante, c’est une capitale, comme Bruxelles. Mais c’est une capitale à taille « réelle » c’est-à-dire petite, avec très peu de voitures. Je m’y déplace facilement en vélo, tout est accessible. Amsterdam est aussi très proche de la Belgique, cela facilite mes déplacements jusqu’à Bruxelles. C’est une ville agréable à vivre, pas trop stressante comme Paris ou Londres.

Quelles sont les différences entre l’enseignement de la HEFF et l’enseignement de l’AMFI ?
A Fransisco Ferrer, les études sont moins portées sur la création mais plutôt sur le côté technique, on étudie tout dans les règles de l’art. Il s’agit d’une technique de base, ancienne. L’AMFI se base surtout sur la création, c’est donc moins technique. On ne nous explique pas la façon de créer un col de A à Z, on nous donne des marches à suivre.
La HEFF reste centrée sur les « codes » de l’école, tandis que l’AMFI fait la relation avec le monde du travail. Les profs de l’AMFI ne sont pas à temps plein, ils travaillent tous aussi dans le milieu de la mode ce qui influe sur leur façon d’enseigner. Il n’y a pas d’examens en janvier et juin à l’AMFI contrairement à Ferrer, on est évalué tout au long de l’année grâce à des petits contrôles journaliers.

Quels sont les points positifs et négatifs stylistiques de ces deux types d’enseignement?
Les points positifs de la HEFF sont du côté technique car les cours sont assez poussés. On apprend à créer des pièces de A à Z on sait jouer avec le patronage et effectuer des prouesses techniques. Le côté négatif est que le style manquait d’actualité. Il y a moins de relations avec le monde du travail, on reste dans l’enceinte de l’école.
A l’AMFI on apprend Lectra (logiciel de découpe automatique, patronage) ce qui est très important pour le milieu professionnel. On est suivi par un mentor une fois par semaine pour mettre à jour notre portfolio. Par contre le côté négatif, c’est que la technique est moins poussée qu’à Ferrer. On voit juste le « nécessaire ». L’AMFI a aussi plus de moyens financiers que la HEFF, cela se ressent au niveau du matériel fourni aux étudiants.

Mathilde Ridole

Collection Wrinkles 1. top en fourrure de chevre norvegienne et neoprene 2. chemisier long plissé et pantalon nervuré 3.jupe fendue et pull tricot tube en angora © Hadrien Hanse

Collection Wrinkles 1. top en fourrure de chevre norvegienne et neoprene 2. chemisier long plissé et pantalon nervuré 3. jupe fendue et pull tricot tube en angora © Hadrien Hanse