Mode

Trois questions à Gervaise Gournay sur sa formation

Cette jeune créatrice Belge est sortie de la Cambre il y a quelques années et vient de lancer sa propre marque: la Petite Gervaise. Attirée par la mode enfantine depuis toujours, elle a participé à son premier salon en mars dernier: la Little Fashion Week. Elle s’est vite imposée comme le coup de cœur du salon et gravit peu à peu les échelons.

Gervaise Gournay ©Servan-Edern Ilyne

Gervaise Gournay ©Servan-Edern Ilyne

Les études de stylisme sont-elles des études difficiles ?

Les écoles de mode sont connues pour être difficiles, on nous demande beaucoup. Les trois premières années sont particulièrement intenses: beaucoup de nuits blanches et peu de vacances. C’est un sacrifice mais finalement ce n’est rien à côté du vrai métier de styliste qui demande beaucoup d’investissement en temps.

Cela requiert aussi une certaine assiduité étant donné qu’on doit sortir une collection tous les six mois. On a alors six mois pour penser la collection du début à la fin, trouver les fournisseurs, les ateliers de confection, les acheteurs, bref pour tout organiser et ensuite directement enchaîner avec la collection suivante. Ce sont des rythmes très intenses. En nous boostant, l’école nous prépare à cela mais dans une moindre mesure car c’est dix fois pire dans le monde professionnel.

Certaines écoles ouvrent-elles plus de portes que d’autres ?

Certainement mais chaque école a sa spécificité. La Cambre est une école d’art et a donc une approche très différente des écoles plus techniques ou commerciales. On part sur une ouverture d’esprit et on cherche à puiser la créativité le plus loin possible. Les premières années, les défilés sont très impressionnants parce qu’on ne cherche pas en à faire du commercialisable, on cherche à créer quelque chose à partir du vêtement et du corps. Sans se soucier, dans un premier temps, du côté commercial et vendable du vêtement.

Dans les deux dernières années, on commence à faire des créations plus portables. On a une approche plus créative en sortant de cette école. Ce qui nous donne un avantage par rapport aux autres écoles qui seront moins créatives, plus axées sur le côté technique. La Cambre a sa renommée, c’est une très bonne école. On voit le résultat par rapport aux étudiants qui sont sortis et travaillent maintenant dans de très grandes maisons. Ou encore ceux qui ont lancé leur propre marque.

Est-ce qu’on cultive le style de chacun à la Cambre Mode ?

Les premières années, on a des exercices communs: on a tous le même énoncé et on doit travailler sur la chemise avec un tissu à carreaux, par exemple, ou ce genre de contrainte. Après, si on est 25 étudiants, on va tous avoir un projet complètement différent. Et à la fin du cursus, en cinquième année, lorsqu’on regarde les défilés, les collections sont très différentes alors qu’on vient de passer cinq ans ensemble avec le même enseignement. Finalement, on nous pousse à chercher tellement loin au fond de nous-mêmes qu’on est obligé de sortir quelque chose de très personnel.

Aurélie Urbain

La petite Gervaise ©Servan-Edern Ilyne

La petite Gervaise ©Servan-Edern Ilyne