Musique

Voyage avec la pop-folk de One Horse Land

One Horse Land

Sorti le 18 mai 2018, leur second album « Interesting Times » est un chaleureux mélange de pop et de folk. Avec des mélodies enivrantes, One Horse Land invite au voyage. Rencontre avec le chanteur, Jérémie Fraboni.

Un peu par hasard, Jérémie s’est lancé dans la musique vers l’âge de 18 ans, en rejoignant des groupes. Il a très vite commencé à écrire des chansons et à se retrouver leader. Les projets se sont succédés et alternés, jusqu’à la création de One Horse Land, groupe qu’il compose désormais avec Audrey Coeckelberghs (chant, clarinette), Nicholas Yates (contrebasse), Jean-François Brohée (guitare préparée & ebows, likembe) et Mathieu Catala (batterie). 

MIB : Comment s’est créé One Horse Land ?

Jérémie : Mon précédent projet se terminait, j’en ai donc créé un nouveau, sans grande ambition. Et puis, au fil des rencontres, des musiciens sont venus se greffer à l’aventure. Quatre ans après le premier album Bored With The Music, les musiciens originels sont partis vers d’autres horizons (et d’autres pays). La difficulté de reformer une équipe stable autour d’Audrey s’est finalement transformée en opportunité : nous avons eu le plaisir de rencontrer d’autres musiciens exceptionnels et de créer une alchimie nouvelle pour ces dix morceaux de Interesting Times, tout en gardant notre identité de base.

D’où vient le nom du groupe ?

De l’expression one-horse town, qui désigne une ville déserte, la ville d’un seul cheval. C’est une expression liée au Far West, en opposition avec la Belgique qui est un pays très peuplé. En étant un groupe belge, nous avons indubitablement un lien avec la Belgique, une identité belge, au niveau de notre musique. Il y a donc un côté ironique avec cette expression : on parle d’étendue désertique tout en étant loin d’endroits sauvages.

One Horse Land

(c) Aurore Genicq

Comment se passe votre processus de création ?

Je compose d’abord la musique, les textes sont ensuite écrits. Pour cet album, la plupart des musiques ont été composées sur une période assez longue. Par contre, la deadline de l’album approchant, je me suis mis à l’écriture des chansons et cela s’est fait assez vite, en un mois c’était bouclé. Il y a par conséquent un lien entre toutes les chansons, elles évoquent le même thème. Je m’occupe donc de la composition et de l’écriture, mais c’est en groupe qu’on construit le projet, tous les arrangements sont faits ensemble.

Qu’est-ce qui vous inspire et quelles sont vos influences ?

En termes de musique, je suis influencé par tout ce que j’ai écouté au cours des 30 dernières années : jazz, musique classique, musique folk… C’est un mélange de mes goûts musicaux, de certaines mélodies qui m’inspirent.

Est-ce qu’écrire en anglais à toujours été une évidence ?

Oui, je préfère les styles musicaux liés à la langue anglaise. Pour moi, la langue impose une façon de chanter, de placer sa voix et un type de mélodie. Les chansons du projet de One Horse Land sont vraiment liées à un texte en anglais. Juste en composant, avant même d’avoir des mots, la mélodie est déjà en anglais. Les quelques chansons que j’ai écrites en français dans d’autres projets sont vraiment différentes.

En 2017, vous aviez lancé un appel à reprendre le single en mettant la partition en ligne, avant même la sortie de votre version. Vous n’avez pas eu peur de préférer une autre interprétation que la votre ?

Non, pas vraiment. Je ne crois pas à l’objectivité des goûts culturels. Dire qu’une version est meilleure qu’une autre n’a pas de sens dans l’absolu. L’intérêt du projet était justement d’avoir des propositions musicales différentes et c’est très bien si d’autres versions plaisent. C’est intéressant de voir comment un habillage peut changer une chanson et plaire à des gens qui n’aimeraient pas notre version. D’ailleurs, vu la qualité des versions reçues, nous avons sorti les onze interprétations du morceau sur une K7 appelée « Covers of the Future ».

Vous revenez d’une tournée avec des dates en Allemagne, France et Belgique… Comment cela s’est passé ? Avez-vous vu des particularités entre les différents publics ?

C’était très chouette ! Nous avons surtout eu des dates en Allemagne, dans des petites salles remplies de gens curieux et enthousiastes. Les publics sont différents, oui. En Allemagne, les gens sont très attentifs. Dès que l’on met un pied sur scène, le silence s’installe jusqu’à la dernière note de la chanson attendue patiemment avant d’applaudir. En Belgique, les gens sont plus réactifs, ils sont moins disciplinés. L’avantage est que cela rassure mais la qualité d’écoute parfaite en Allemagne est très agréable, il a juste fallu s’y habituer durant la première date.

Avez-vous une scène que vous rêvez de faire ?

Pas particulièrement une scène, je rêve plutôt de continuer à étendre notre public à l’étranger et à découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles choses. Nous avons fait mal pas de dates avec le projet précédent dans les centres culturels en Belgique francophone. Géographiquement, le pays n’est pas immense, on a donc vite fait le tour. Notre projet musical n’invite pas à aller jouer dans des salles de plus en plus grandes car le nombre de personnes intéressées par ce style n’est pas infini. Par contre, il y a un nombre de gens au moins comparable (si pas plus élevé) dans d’autres pays qui apprécient notre musique : ils représentent des personnes que l’on pourrait rencontrer, devant lesquels on pourrait jouer. 

Et un artiste avec qui vous rêvez de collaborer ?

L’artiste américain Howe Gelb. Notre musique n’est pas forcément liée mais j’aime ce qu’il fait actuellement et j’aimais déjà il y a 20 ans. C’est une de mes influences.

Que pensez-vous du milieu musical en Belgique ? Vous sentez-vous soutenus ?

Je considère que l’on a eu beaucoup de chance, on a pu jouer dans de chouettes lieux et on a toujours eu des gens qui nous ont soutenus. La frustration que l’on peut avoir est au niveau de la parcellisation du milieu culturel : en Belgique, il y a deux cercles culturels totalement différents. Au-delà de la partie francophone, c’est totalement un autre marché, comme à l’étranger. Être artiste dans un milieu culturel microscopique signifie que le public et le milieu professionnel sont réduits, par conséquent les moyens le sont aussi. Cela limite les ambitions. Il y a cependant des avantages : petit milieu donc moins de compétition et les choses sont faites un peu plus « à la bonne franquette ».
Jouer à l’étranger est donc presque indispensable pour tenir sur la durée et garder un projet intéressant en rencontrant de nouveaux publics, mais c’est plus difficile et demande notamment des contacts.
Au niveau des media, nous avons un type de musique et de production qui est limité. Notre musique n’est ni underground, ni expérimentale. Nous faisons de la musique chantée, pop, assez mélodieuse mais pas produite de manière radiophonique non plus. C’est toutefois notre but : avoir une personnalité en terme de production, de son, de choix d‘instruments et de type de chansons.

A propos de la Belgique…

Avez-vous une salle de concert préférée ? Je ne suis pas attaché émotionnellement à un lieu. Parfois, il se passe quelque chose pendant un concert, mais on s’en rend plutôt compte après et plusieurs facteurs entrent en jeu, pas seulement la salle. Cela dit, le Botanique est assez chouette !
Un restaurant préféré ? Le Zinneke à Schaerbeek. C’est un classique, une valeur sure car je ne suis jamais déçu.
Un endroit préféré ? Je n’ai pas d’amour particulier avec la Belgique, je n’accorde pas de valeur particulière à ce pays, j’y habite car je suis né ici. La surpopulation de ce pays me frustre : même dans les endroits reculés, on rencontre très vite de la civilisation. Ressentir l’espace est impossible en Belgique, contrairement aux USA ou en Europe centrale. Je dirais donc que mon endroit préféré dans ce pays est le Parc National de la Haute Campine, un mini coin sauvage dans le Limbourg.
Un artiste préféré ? Jawhra et Scarlett Ohana.

Quels sont vos projets à venir ? 

J’ai d’autres projets musicaux qui se développent dont une chanson co-écrite avec une artiste française mais je ne peux pas encore en dire plus pour le moment. J’ai également un projet musical en Belgique basé sur de la musique traditionnelle folk. Et puis, je pense sortie un 3ème album avec One Horse Land car je sens qu’il y a encore des choses à faire, le projet n’est pas fini.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour le futur ?

Plein de nouvelles et bonnes chansons, que je continue à faire de la musique qui me plaise autant. Mais je ne me projette pas, je me rends compte de mes choix et de mon chemin de vie seulement après les avoir faits. Je ne sais pas où je serai dans 10 ans et ça ne me tracasse pas plus que ça.

Infos :

Live:
16/06/18: Chambre d’amis, Sint Truiden
19/09/18: De Loge, Gent
TBA:
Harmonium (Les Extras), Bruxelles
Volta (Bruxelles)
Les suivre :
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Donaline Hermant